A partir de 10 ansJeux de plateauOn teste !

Test – Osirium

« Osiris, tu as encore laissé la porte de la pyramide ouverte en partant faire les courses au marché ce matin, le grand hall est rempli de poussière du désert ! Que va dire Horus, notre fils, quand il va nous rendre visite ce soir ? »

« Je m’excuse ma douce déesse en miel, j’avais tellement hâte de le recevoir que j’en ai oublié mes manières. Je vais passer le balai dans le grand hall tout à l’heure. »

« Merci, mon adoré. Ah tiens, pendant que tu étais absent, quelques fidèles nous ont encore laissé des offrandes d’amulettes de scarabée et je ne sais plus quoi en faire. On les met dans la salle du trésor avec les autres ? »

Soupir.

« Oui… mais honnêtement, Isis, j’en ai un peu marre de nettoyer la poussière qui s’accumule sur toutes ces babioles dans la salle du trésor. »

« Ah, que veux-tu, c’est la rançon du succès. Tiens, j’ai une idée : et si on les utilisait pour en faire un jeu ? Ca t’occuperait pour les soirées que tu passes avec ton pote Sobek. Ça nous changerait de ces sempiternelles histoires de guéguerres des temps passés que j’ai entendues mille fois. Allez, viens, on réflechit à ce qu’on va pouvoir en faire, j’ai déjà quelques petites idées. »

Osirium est un jeu d’Alain T. Puysségur, illustré par Miguel Coimbra et édité chez 404 On Board. Le jeu s’adresse à 2 à 4 prêtres égyptiens à partir de 10 ans, pour des parties de 30 minutes environ.

[Notre exemplaire nous a été généreusement fourni par l’éditeur et nous les en remercions. Comme on est des sales gosses, on a décidé de prendre notre temps pour en parler, et de choisir nos mots avec soin afin de ne pas les vexer et qu’ils acceptent de financer notre prochain team-building au pied des Pyramides. Ou pas.]

Dans le sarcophage…

Première chose notable rien que de l’extérieur de la boîte d’Osirium, l’emploi d’un joli code couleur vert pastel tirant un peu sur le bronze accompagné d’un beau lettrage doré ou bronze. Visuellement, l’ensemble est plutôt harmonieux. Deuxième chose notable de l’extérieur de la boîte d’Osirium, le fait qu’elle n’a pas du tout le même volume que Vol de Nuit, le premier opus de la gamme, dont on avait parlé ici. Donc si vous appréciez une certaine cohérence dans les boîtes d’une même gamme de jeu, sachez que 404 on Board ne mise pas vraiment sur cet effet. Est-ce que ça nous a dérangés ? Non, mais on est des guedins, ici.

Le matériel est quant à lui agréable à manipuler, en carton plutôt épais pour les cartes, les plateaux et les jetons, avec une iconographie claire et sans chichi, de la même patine que la boîte. La règle est claire, abondamment illustrée d’exemples, et la police de caractère est suffisamment grande pour que même vos yeux fatigués de quarantenaire, parent de Juniors, puissent gérer le déchifrage le cas échéant. L’ensemble est cohérent et sobre. On a tiqué un instant en comparant la quantité de matériel à la taille de la boîte (et la planète, alors ???) puis on a compris que si la boîte avait été plus petite, les plateaux auraient été plus petits ou pliés en whatmille morceaux, ce qui les aurait fragilisés. Donc un compromis entre taille de boîte et lisibilité a sûrement été choisi, même si on soupçonne que la visibilité sur les rayonnages des boutiques a un peu joué aussi.

Bon à savoir : il n’y a pas de moyen visuel de différencier les différentes couleurs et comme c’est nécessaire pour jouer, on pense que le jeu doit être peu accessible pour les daltoniens. On aimerait se tromper. [Note rajoutée après : on s’est trompés !!! Le fond des cartes scarabées varie d’une couleur à l’autre pour permettre la reconnaissance indépendamment de la couleur. La différence étant décidément trop subtile pour nos gros yeux de non-daltoniens (ou alors c’est l’âge…), nous n’avons pas repéré ces variations, malgré un examen que nous voulions pourtant attentif. Mea culpa et toutes nos excuses à 404 On Board. Bravo d’y avoir pensé !]

Ok, mais comment on joue ?

Comme vous allez le constater, c’est relativement simple : à votre tour, vous devez placer une des amulettes scarabée que vous avez en main sur le plateau commun et éventuellement réaliser un ou plusieurs de vos objectifs avant ou après avoir posé votre amulette. À chaque étape, vous complétez votre main ou vos rituels pour en avoir toujours 4 et 3 respectivement. La partie s’arrête lorsqu’un joueur a complété 5 rituels.

Voilà pour l’essence du principe du jeu, mais voyons un peu plus en détails de quoi il retourne.

La mise en place est elle aussi assez simple et rapide, chaque joueur prend un plateau individuel, 4 cartes amulettes à mettre dans sa main, 3 cartes rituels de niveau 1, 1 carte objectif de fin de partie, on dispose un marché de 4 cartes amulettes face visible à côté du plateau, 2 pioches des cartes rituels de niveau 1 et 2, et la piste de score avec les pions de la couleur des joueurs. Et c’est tout, vous pouvez jouer.

Ici, pour réaliser un objectif, vous devez créer des alignements de scarabée, tels que décrits sur vos cartes objectifs, en suivant les flèches figurant sur les amulettes. Comme une image est plus parlante que mille mots, en voici deux exemples.

Et c’est aussi simple que cela !

Mais attention, une fois un objectif réalisé, vous allez devoir décider entre gagner moins de points mais enlever plus d’amulettes du plateau (et donc potentiellement couper l’herbe sous le pied des petits camarades), et plus de points mais moins de pouvoir de nuisance. Donc c’est un équilibre à trouver entre gain immédiat et fourberie. Et c’est une des grandes qualités du jeu, qui alterne entre prise de gain et petits coups vicieux. En outre, vous n’aurez accès qu’à une partie des informations concernant les objectifs de vos adversaires, puisque seuls 2 de leurs objectifs sur 3 seront visibles. Et là pareil, on adore pouvoir vivre des rebondissements à la « ok, tu vires cette amulette bleue ? M’en fous, regarde, tu as laissé intact mon super objectif secret à trouzemille points ! Tiens, prends ça, jeu, set et match et dix de der, merci madame. »

De plus, pour renouveler vos cartes objectifs, les rituels, vous avez la possibilité d’en prendre 2 et d’en garder 1 soit dans les niveaux 1, soit dans les niveaux 2. Donc de choisir la difficulté (avec plus ou moins de points) de vos objectifs. Ceci permet d’influer sur le rythme de la partie en offrant un choix tout con mais intéressant entre rusher les objectifs simples mais courir le risque de faire moins de points que les autres qui auront réalisé des objectifs plus difficiles mais plus rémunérateurs.

Comme on l’a dit plus haut, la partie s’arrête lorsqu’un joueur a complété 5 rituels. Ici, finir le tour pour que tout le monde ait joué le même nombre de fois n’est pas explicitement précisé. Nous avons donc décidé de nous en tenir à ce qui était mentionné. On compte alors les points en ajoutant aux scores de la piste les éventuels points des objectifs cachés, remportés si les joueurs ont devant eux les amulettes brisées figurant sur leurs cartes. Celui qui a le plus de points à l’issu de ce décompte remporte la partie.

Quelques objectifs secrets

Pour aller un (tout petit peu) plus loin

Quand vous serez à l’aise avec la mécanique de base, le tout petit pas en plus pour apprécier toute la richesse du jeu est d’y adjoindre les pouvoirs de vos dieux tutélaires. Chaque joueur, en effet, en choisissant son plateau, se place sous la protection d’une des 4 divinités disponibles, bénéficiant ainsi, tout au long de la partie, d’une capacité spéciale. Une fois utilisée, vous aurez la possibilité de la « recharger », en récupérant une amulette présentant un scarabée. Ceci vous conduira à faire d’autres choix d’amulettes à récupérer après un rituel, vous obligeant à réfléchir entre le bénéfice du pouvoir et votre envie d’ennuyer les autres. Et les pouvoirs sont quand même assez puissants, vous permettant d’agir sur des amulettes déja posées sur le plateau, ce qui n’est pas possible autrement que par le biais des fins de rituels et la récupération des amulettes.

Ok, et tu penses quoi du jeu, ô déesse irisée des champs du Nil ?

Eh bien, c’est définitivement un très bon jeu qui a trouvé sa place dans nos étagères ! Avec ses règles simples, pas simplistes, Osirium promet d’excellents moments, y compris avec des Juniors dès 10 ans qui auront leurs chances face à des adultes plus stratèges en rushant par exemple des rituels simples. Plus tôt, le Junior court le risque d’être frustré s’il est victime des autres joueurs qui lui piqueront l’amulette nécessaire pour compléter ses objectifs.

Attention Chérie, ça va trancher (dans les scarabées)

Bon, on a fait semblant un petit peu, et même si l’auteur et l’éditeur sont fort doués pour raconter une histoire autour du jeu, on va le dire quand même, Osirium est un jeu dont le thème nous a semblé complètement plaqué. C’est à dire qu’on aurait aussi bien pu en faire un jeu avec des panneaux de circulation et une thématique de sécurité routière ou de distribution de pizzas que ça aurait tout aussi bien tourné. C’aurait été beaucoup plus moche, oh que oui, mais ça aurait marché. Assez rapidement, chez nous en tout cas, on a laissé tomber les mots rituels pour objectifs. Alors entendons-nous bien, ce n’est pas un problème, mais il faut en être conscient : il va vous falloir beaucoup d’imagination pour vous considérer dans une Egype antique à vous bagarrer contre d’autres prêtres à grands coups d’amulettes rituelles. Ceci n’est pas un jeu narratif immersif, et il ne faudra pas en être déçu, car ses qualités sont ailleurs.

Et même, pour le coup, ce qui m’a le plus dérangée, personnellement, c’est qu’à la lecture de la règle, j’ai trouvé finalement assez pénible le jargon utilisé pour tenter de nous forcer dans l’immersion. « C’est quoi cette Voie des Immortels ? Ah oui, la piste de score. Et le plateau Abydos ? Ah, c’est juste le plateau de jeu. Et les amulettes Ka ? Ben les vertes, pardi ! » Pénible car ça nous oblige à traduire nos petits repères de joueurs en termes spécifiques au jeu, alors que c’est une surcouche linguistique dont on se serait bien passés. J’ai d’ailleurs fait l’effort de traduire cette partie pour mon auditoire au moment d’expliquer les règles pour leur épargner cette complexité à mon sens inutile et artificielle.

La Voie des Immortels est bien encombrée aujourd’hui

Dit autrement, j’ai adoré la petite mise en situation du début du jeu, l’univers qui me parlait et les très belles illustrations, mais je n’ai pas du tout, mais alors pas du tout, aimé le côté surjoué des règles. Et pour autant, comme je l’ai dit plus haut, j’aime beaucoup Osirium, son côté accessible et sa richesse stratégique.

L’avis de Plateau Junior (ici Krinie)

Osirium est un beau et bon jeu aux multiples choix stratégiques, superbement édité, aux règles simples et accessibles qui dévoile un grand potentiel de rejouabilité du fait de son caractère hautement interactif. 2 parties ne se ressembleront pas, fruit du hasard des cartes et des coups de chacun des joueurs. Passé l’agacement dû aux efforts nécessaires pour passer outre le jargonnage des règles, je me suis retrouvée face à un jeu plaisant, extrêmement agréable, que j’apprécie pour ses parties rapides et riches. Tout le monde à la maison a apprécié le jeu, Juniors 1 et 2 y comprises.

Et c’est pour moi une superbe continuité de la gamme initiée par 404 On Board, vu que nous avions vraiment beaucoup aimé leur tout premier Vol de Nuit (où l’immersion était pour le coup impeccablement dosée et intrinsèque à son mécanisme). On attend avec une impatience grandissante leurs prochains opus, car cette équipe a su placer la barre bien haute avec ses deux premiers essais transformés. Vivement les 2 prochains donc, déja annoncés pour Mars et Avril 2022, Gyojin Fighter Sushido et Agartha. On n’arrête plus 404 On Board et c’est tant mieux !

Votre Junior aimera si

  • Il aime les dieux égyptiens
  • Il a une bonne vision dans l’espace
  • Il aime faire des choix
  • Il ne se vexe pas s’il est victime de coups pendables

On aime

  • Un matériel de très bonne qualité (et pas cher)
  • Un univers vraiment joli avec une belle charte graphique
  • Des règles accessibles et un bon potentiel stratégique
  • Un jeu ultra interactif

On aime moins

  • Trop de jargon inutile dans les règles

Fiche Technique

  • Un jeu d’Alain T. Puysségur
  • Illustré par Miguel Coimbra
  • Edité chez 404 On Board
  • A partir de 10 ans
  • 2 à 4 joueurs
  • Parties de 30 minutes

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