A partir de 10 ansJeux de plateau

Test – Fauna

Junior adooreeee les jeux sur les animaux. Depuis tout petit, s’il croise une boîte avec un éléphant, une girafe ou même une pieuvre à anneaux bleus dessinés sur le couvercle,  j’ai directement droit aux yeux de cocker et aux : « Sitoplé, sitoplé, on l’achète, dis dis dis ». C’est ainsi qu’au fil des années, on s’est retrouvé avec une pile de Défis Nature à faire pâlir d’envie tous les Joué Club de France. Je suis faible, je sais. Le souci, voyez-vous, c’est que moi, les Défis Nature, ça me file des boutons. Les parties interminables ont créé une sorte de traumatisme profond chez moi et j’ai tendance à hyperventiler dès que Junior en dépose un sur la table, au moment de choisir ce qu’il emmène dans la voiture pour partir chez papy mamie. 

Il n’y a pas si longtemps, en voiture justement,  je scrollais mon téléphone à la recherche des futures News à écrire. Et voilà que Junior, assis juste derrière moi s’emballe :

« Oh mamannn, reviens en arrière là ! Y’a un jeu il a l’air troooopp cool ».

Je remonte la page et tombe sur Fauna, une groooseee boite recouverte d’un énorme globe terrestre parsemé d’animaux. Je regarde vite fait, je vois une tonne de cartes remplies de blabla (mode hyperventilation [On] ) mais pas que…car il y a aussi un plateau. Oh ?! Ça voudrait dire qu’on ne va pas juste jouer à la bataille ?! Me voilà fort intriguée, moi aussi. Mais pas le temps d’analyser davantage que Junior est déjà passé en mode « sitoplé – yeux de cocker ». Et moi, faible maman, je me retrouve à écrire à Atalia, qui distribue le jeu, pour leur demander s’ils n’auraient pas un petit exemplaire sous le coude pour qu’on puisse le tester. C’est ainsi que Fauna s’est retrouvé chez nous, quelques jours plus tard, prêt à être joué et rejoué pour voir ce qu’il avait dans le ventre !

Et, je ne le dis pas trop fort, car il pourrait m’entendre : je remercie mon Junior de l’avoir repéré, car, finalement, Fauna m’a prouvé une chose… Oui, les jeux avec des animaux, c’est drôlement chouette !

Friedemann Friese | Peter Braun, Alexander Jung, Volker Maas | Huch!
 2 à 6 joueurs |  10ans et plus |  45 minutes

Sois brève, Emy :  Fauna, c’est quoi  ?

Petit Warning du départ : je peux déjà vous dire ce que Fauna n’est pas. Ce n’est PAS un Défis Nature auquel on aurait rajouté un plateau. Ok, le matériel peut sembler similaire, mais dans les faits, et c’est une allergique à Défis Nature qui vous parle, la mécanique du jeu est radicalement différente.

Dans Fauna, vous devez estimer différentes caractéristiques (physiques, mais pas que) concernant les animaux de la planète. À l’aide de petits cubes, placés, à tour de rôle, sur des « fourchettes » sur le plateau principal (0-1kg, 1-2 mètres , 15-35cm, par ex), débrouillez-vous pour tomber juste afin de marquer un maximum de points de victoire. Mais ne prenez pas peur : dans Fauna, si trouver la bonne fourchette vous permet d’amasser le jackpot, vos adversaires pourraient bien vous talonner au score. En effet, pour chaque cube placé dans les 2 fourchettes adjacentes à celle recherchée, vous marquez également des points. La bataille pour les meilleures places va faire rage… si tant est que vous n’ayez pas fait fausse route !

Dans cette grosse boîte, y’a quoi de beau ?

Des tas de cartes ! Mais genre vraiment beaucoup quoi : 180 cartes qui présentent, sur leur recto, des animaux « classiques » et sur leur verso, des animaux exotiques. L’avantage, voyez-vous, c’est qu’on sent d’emblée que la rejouabilité va être énorme et ça, c’est plutôt chouette. (Spoiler Alert : impression confirmée après quelques dizaines de parties.).

En outre, ces cartes sont hyper grandes et elles s’insèrent dans un sabot qui permet de cacher les infos importantes sur les différentes espèces (c’est à dire, les réponses attendues pour marquer des points). C’est plutôt bien pensé car dès qu’une carte est validée, on la retire de l’avant du sabot et on la remet tout au fond. Le prochain animal apparaît alors sans manipulation nécessaire de la nouvelle carte, ce qui évite de dévoiler, par mégarde (hem hem)les réponses tant convoitées.

Mais parce que Fauna n’est pas qu’un jeu de cartes, il y a également un grand plateau sur lequel sont dessinés un énorme planisphère ainsi que les différentes échelles pour les 4 caractéristiques des animaux. Ce sont ces échelles qui vont accueillir nos pions tout au long de la partie. Niveau direction artistique, ne vous attendez à un univers embarquant : le jeu va à l’essentiel et on a un peu l’impression d’ouvrir un jeu de société des années 90’s. Rien que les Kubenbois, qui portent, pour le coup, extrêmement bien leur nom, sont de simples cubes colorés… On aurait adoré trouver des pions joueurs en forme d’animaux pour coller à fond au thème,  mais non. Petit regret de ce point de vue. 

Alors, pour sa défense, il s’agit d’une réédition du jeu Fauna, premier du nom, sorti en 2008 chez Filosophia et l’esprit du matériel a donc été conservé (même s’il a été retravaillé). Chez nous, ce parti pris a pas mal divisé autour de la table, certains Juniors ayant eu la sensation qu’on essayait de leur vendre un jeu éducatif « sous couvert de jeu de société ». Mais ils avaient tort ! Alors un conseil : passez outre le design assez particulier et lancez donc une partie. Pour sûr, votre regard sur Fauna changera du tout au tout dès les premiers tours de jeu.

 

Trêve de blabla, ça se joue comment Fauna ?

En plaçant des pions sur le plateau. Voilà, vous savez jouer. Blague mise à part, l’apprentissage des règles prend approximativement 5 minutes top chrono ce qui est assez déroutant quand on voit la taille de la boîte et du matériel. On s’attend à un gros jeu aux multiples minis-points de règles chiants, mais finalement, pas du tout !

Fauna se joue en un nombre de manches indéterminé, l’idée étant d’atteindre un score cible en fonction du nombre de joueurs autour de la table. Au début de la manche, on prend le sabot de cartes et chaque joueur consulte les caractéristiques qui vont être prises en compte (régions, poids, taille/longueur, queue) concernant l’animal. Ces dernières sont communes à toutes les cartes même si parfois, on observe quelques variations, notamment sur la présence ou non de la caractéristique « queue » (par ex. : les serpents n’en ont pas) ou encore le « nombre de régions » qui sera toujours présent, mais en nombre variable selon l’espèce. 

Chaque joueur démarre la partie avec 6 cubes en bois. Une fois la carte consultée, en commençant par le premier joueur, chacun pose alors un cube sur l’une des échelles du plateau de jeu, au choix. Le but, comme je vous le disais, sera d’estimer, au mieux, la valeur des différentes caractéristiques de l’animal. Évidemment, les places sur les échelles sont limitées et il est interdit de se positionner sur le même emplacement qu’un autre joueur. Alors si les copains vous piquent la place, à vous de vous adapter. Premier arrivé, premier servi, c’est ainsi.

À l’issue du placement, lorsque tous les joueurs ont fini de poser leurs cubes, on vérifie alors les réponses. Si vous êtes tombés juste, c’est le jackpot : vous gagnez les points max pour cette catégorie. Vous vous doutez que ce ne sera pas si facile… Vous sauriez estimer le poids d’un porc-épic à crête ou même sa longueur ou encore les régions où il vit, vous ? Pour ma part, pas du tout ! Et ce sera souvent le cas dans Fauna, je préfère vous prévenir. Mais, pas de panique, c’est là qu’intervient le twist du jeu : si vous vous êtes positionnés sur une case adjacente à celle correspondant à la bonne réponse, vous marquez également des points. Moins, certes, mais quand même. Et je vous assure que le moindre petit point peut faire la différence en fin de partie. 

Ce petit twist a un côté rassurant, car il rend le jeu moins punitif… mais pas moins intéressant pour autant, bien au contraire ! Car, voyez-vous, un twist ne venant jamais seul, la pose de cube n’est jamais obligatoire, et vous pouvez décider de vous retirer de la manche avant d’avoir dépensé l’intégralité de vos précieux petits pions.

« Euhhh, mais, ce serait bête de pas les placer, car tu multiplies les chances d’avoir des points, nan ? ». Effectivement. Mais il faut savoir qu’à l’issue de la manche, vous ne récupèrerez que les cubes qui vous ont permis de marquer au moins un point. Les autres seront défaussés. Ça y est, vous voyez où je veux en venir ? Eh oui ! Si vous dilapidez votre capital de départ, et que vous vous plantez lamentablement, et bien vous voilà fort dépourvu pour les manches suivantes et cela pourrait bien avantager grandement vos adversaires qui, eux, auraient été plus prudents. Bon, si ça peut vous rassurer, vous ne serez jamais totalement « à poil » car la règle prévoit tout de même de vous rendre 3 cubes si VRAIMENT, vous avez été mauvais sur la manche précédente. Spoiler Alert : ça arrivera souvent !

On continue ainsi jusqu’à ce qu’un des joueurs ait dépassé le score cible et la partie prend fin. Celui qui a le plus de points gagne alors le droit de s’autoproclamer « spécialiste de la faune mondiale » !

Un échidné à nez court, mais kessessé ce truc ?

Alors oui, dans Fauna, on va apprendre des tas de choses sur des tas d’animaux, dont, pour certains, on ne soupçonnait même pas l’existence. Mais non, ce n’est pas chiant. Même pas chiant du tout. Je le disais plus haut, et je radote un peu, mais Fauna n’est pas un jeu éducatif qu’on aurait affublé d’une étiquette « jeu de société ». Oui on apprend des choses, mais, finalement, ce n’est pas là l’enjeu. 

En réalité, Fauna est un jeu qui favorise l’échange. C’est même assez drôle, car, alors qu’il s’agit d’un jeu compétitif, finalement, c’est de l’interaction positive qui se dégage de la partie. C’est hyper agréable, car il y a un véritable dialogue avec nos Juniors autour de la table. Rien qu’au moment de la découverte du nouvel animal, parce qu’on n’aura jamais entendu parler de cette bestiole-là, ou parce qu’on débat sur nos grandes théories concernant le poids du Suricate et la grandeur de la girafe. On se remémore notre séjour à Beauval, et on essaie de se souvenir quelle hauteur elle pouvait bien faire, en la mimant avec la main. On sort le globe offert par papy à Noël, et on essaie de retrouver les pays, en les comparant avec le plateau de jeu. 

Et, sans qu’on l’ait vu venir, on se retrouve à enchaîner les parties, et à prendre le temps de lire toutes les caractéristiques de chaque carte avant de passer à la suivante, rien que pour le plaisir d’en savoir un peu plus sur ces animaux sortis de nulle part. Et tout cet aspect découverte de la faune, qui pouvait paraître méga chiant dans d’autres jeux du même type (suivez mon regard) devient tout à coup LE moment qu’on attend presque le plus de la partie.

Oui, une partie de Fauna est un moment presque suspendu, une petite bulle toute douce où on s’enferme une petite heure en famille, un jeu fédérateur qui saura rassembler toutes les générations, du marmot à l’arrière-grand papy, autour d’un même plateau. Et ça, on ADORE !

Et la stratégie dans tout ça ?

Alors bien entendu, ce n’est pas le monde de Oui Oui et, évidemment, nos Juniors ont quand même envie de gagner la partie. Alors, parfois, ils deviennent un peu fourbasses et sans qu’on les voie venir, ils se mettent à réfléchir à voix haute exprès pour nous induire en erreur. Quel plaisir d’obliger papa ou maman à poser ses cubes à l’autre bout du planisphère juste pour les voir tous les perdre à la fin de la manche !

Il faut dire que c’est tentant, car, généralement, les bonnes places sont chères. Prenons les régions, par exemple : moins l’animal occupe de régions, plus il sera lucratif en points… Si vous trouvez les bonnes ! Mais parfois, coup de bol, les étoiles s’alignent bien et voilà qu’on tombe sur le chat des Andes qui ne vit que dans une seule région. Je vous le donne en mille, il y a justement une région qui s’appelle « Cordillère des Andes ». Comme c’est sympathique, 12 points gratos, et bim ! Alors pour peu que Junior commence la manche et qu’il ait un peu de chance sur la carte dévoilée ou des connaissances sur l’animal représenté, nous voilà nous, parents, bien dans la mouise. 

Mais les Juniors, tous fins stratèges qu’ils sont, ont parfois du mal à s’arrêter. 6 cubes ce n’est pas beaucoup et on a vite fait de les perdre, car on aura suivi une mauvaise piste. Il n’est pas rare que nos loustics dépensent tous leurs cubes, un peu au pif, « Just in Case ». Sait-on jamais qu’ils pourraient gratter un ou deux points de plus.

Et c’est là qu’on se rend compte à quel point Fauna est bien plus qu’un simple jeu de « je cherche les infos sur les animaux ». Finalement, c’est un jeu où la réflexion tient une grande place et où les dilemmes sont nombreux. Dois-je me ruer sur les bonnes places ou, au contraire, aiguiller l’adversaire sur une mauvaise direction ? Serait-il plus judicieux de me retirer de la manche ou de déposer mes derniers cubes près de ceux de papa et maman ? Est-ce que je regroupe tous mes cubes dans le même secteur pour marquer les points des zones adjacentes ou est-ce que je décide de m’éparpiller en comptant sur la chance ? 

Nos Juniors hésitent, tentent des coups de bluffs, râlent parfois (souvent ?), car ils étaient sûrs d’eux alors que leur réponse était erronée. Les sensations ludiques sont bien présentes et on a une furieuse envie d’y revenir tant on sait qu’on va passer un chouette moment, convivial et riche en émotions.

L’avis de Plateau Junior (Emy)

Si vous avez tout lu jusqu’ici, je ne vous apprendrai rien si je vous dis que Fauna est un coup de cœur familial ! Indubitablement, il aurait pu être renommé : « le jeu de tous les a priori ». Parce qu’on n’irait pas forcément de bon cœur en découvrant le matériel, parce qu’on penserait qu’on va subir toute la partie en lisant le pitch, ou encore parce qu’on serait saoulés d’avance en imaginant qu’on va jouer à un remake des jeux éducatifs de notre enfance, longs et fastidieux. Mais, finalement,  Fauna, c’est surtout le jeu où il faut vraiment dépasser sa première impression et ouvrir un peu ses chakras. À la maison, Junior était convaincu par le jeu avant même de recevoir la boîte, mais, pour ma part, ce n’était pas la même rengaine. J’ai vraiment dû prendre sur moi et accepter de lui faire confiance. Et aujourd’hui, je me félicite vraiment de l’avoir fait !

Sous ses airs un peu austères, pour ne pas dire carrément rétro, Fauna cache en réalité une petite pépite ludique qui aura su mettre tout le monde d’accord dans notre petite tribu… Même le papa de Junior qui rechignait encore plus que moi ! On a adoré chaque partie que nous avons pu faire, que ce soit à 2, 3 et 5 joueurs. Et même quand les parties s’éternisent, parfois, on apprécie chaque minute passée autour du plateau de jeu : découvrir des animaux qui nous étaient inconnus, bluffer pour faire croire aux adversaires qu’on était hyper balaises alors qu’en fait on posait nos cubes au pif, débattre de longues minutes pour imposer notre point de vue sur telle ou telle caractéristique parce qu’on « était sûrs de nous »… Et se rendre compte l’instant d’après qu’on était carrément à côté de la plaque. Quelle succession d’émotions et quel plaisir partagé !

Fauna réussit le pari de créer de l’échange et du dialogue avec nos Juniors alors même qu’il se veut être, au départ, compétitif. Pour ma part, je trouve ça assez bluffant. On joue le jeu 2-3 tours, on se concentre pour poser ses cubes et d’un coup, sans trop savoir comment, la compétition disparaît. On se retrouve alors à se conseiller mutuellement, Junior et moi, sur le placement de nos cubes, à essayer de représenter la taille des animaux pour nous faciliter la tâche, à découvrir des pays sur le planisphère. Et pour moi, on a là tout ce que doit être un bon jeu Junior : un jeu qui fédère, où le partage est au cœur de l’expérience ludique.

Alors oui, on pourrait pinailler sur le matériel, sur ces petits cubes en bois qui volent sur la piste de score, car on les accroche en passant le bras, sur la DA pas vraiment dans l’air du temps. On pourrait dire qu’on aurait adoré des plateaux creusés, des petits meeples « animaux » pour s’immerger un peu plus dans la thématique… Mais, finalement, tout ça, on s’en fiche royalement ; on l’occulte dès les premiers tours de jeu tant on passe un chouette moment de partage en famille. Et avec pas moins de 360 animaux à découvrir, je sais déjà qu’on pourra encore en vivre plein, des chouettes parties. Pour le plus grand plaisir de Junior… mais aussi le mien ! Finalement, Fauna m’aura donné une jolie leçon ludique : plus jamais je ne jugerai un jeu à son apparence et, dorénavant, j’apprendrai à faire un peu plus confiance à mon Junior… Car il a un bon flair, le bougre ! 

Les Juniors le disent (presque) mieux que nous :

Fauna, c’est interdit de le prêter tant qu’on a pas découvert toutes les cartes ! J’adore y jouer, c’est toujours hyper cool et détente. Les cartes animaux sont trop jolies et j’adore le planisphère. j’aurais bien envie de l’accrocher dans ma chambre mais je crois que tu râlerais, maman…

Maël, 10 ans 1/2

On aime :

  • la rejouabilité énorme !
  • le moment de partage que le jeu créé avec nos Juniors
  • la thématique qui plaît énormément aux Juniors

On aime moins :

  • les cubes en bois qui passent leur temps à se balader sur le plateau

Vos Juniors aimeront si :

  • Ils aiment les animaux
  • Ils aiment échanger autour de la table
  • Ils sont sensibles aux jeux où on peut apprendre des choses

Vos Juniors risquent de moins aimer si :

  • Ils ont besoin d’un univers embarquant

Où le trouver ?

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