Jeux de plateau

Test – My City

Le trajet fut long et laborieux mais, Ô joie intense, votre nouveau terrain de jeu s’étend soudain devant vos yeux ébaubis. C’est une grande plaine, traversée par une rivière aux eaux cristallines et agrémentée d’une forêt aux arbres majestueux qui se balancent au rythme de la brise.

Seul petit bémol dans ce paysage presque parfait, une montagne et quelques rochers par ci, par là. Oh, ils font les innocents et n’ont l’air de rien, comme ça, mais tôt ou tard ils ne manqueront pas de vous mettre des bâtons dans les roues, vous le sentez venir comme la bêtise dans le regard de votre fils adoré. Mais qu’importe, on ne se laisse pas abattre : ce n’est pas un tas de cailloux qui va vous empêcher de mettre en œuvre votre projet…

L’heure est donc venue pour 2 à 4 architectes en herbe, de 10 ans et plus, de retrousser leurs manches et de mettre leur capacité à réfléchir, envisager, anticiper en marche afin de bâtir et développer leurs belles cités.

Remercions pour cela toute la team qui se cache derrière My City : le célèbre Reiner Knizia (fort de plus de 700 jeux, de Schotten Totten à Lost Cities en passant par Visite Royale), l’illustrateur Michael Menzel (Andor, L’âge de pierre junior) et l’éditeur Iello, qui vous propose ici une aventure architecturale originale.

Apprêtez-vous à vivre le développement de votre cité, de ses débuts, hésitants et probablement chaotiques, à son apogée, industrielle et moderne, à travers le mode Legacy. Mais vous pourrez également, grâce au mode Éternité, user et re-user votre jeu jusqu’à son dernier souffle… ou plus probablement, le vôtre.

 

« Euh pardon ? Un lait gassi ? »

Pour rappel, le Legacy est un mode de jeu évolutif. Au fur et à mesure que vous avancez dans les parties, vous « débloquez » des enveloppes (ou des boîtes, selon les jeux) contenant de nouveaux éléments, tel que du matériel, de nouvelles règles qui s’ajoutent à celles de base et des objectifs supplémentaires pour scorer. Côté adultes, l’un de ses représentants les plus connus est le bon vieux Pandemic Legacy. Le genre, particulièrement addictif il est vrai, s’est rapidement répandu et n’a pas épargné le jeu enfants, par exemple avec l’incontournable Zombie Kidz Evolution.

L’avantage de ce concept est qu’au lieu de se taper des règles de 30 pages et de s’en prendre plein la poire d’un coup, l’assimilation est progressive. Le désavantage c’est que pour beaucoup de ces jeux, une fois la campagne finie, le jeu est bon pour la poubelle. Mais justement, ce ne sera pas le cas ici !

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Surprise, surprise

Et justement, si vous êtes de ceux qui aiment les Legacy, l’ouverture de My City aura le fameux effet « WOUAH !!! ». Vous savez, l’effet « J’ai 5 ans, c’est le matin de Noël et il y a plein de cadeaux au pied du sapin ».  Alors attention, je ne parle pas ici de la direction artistique du matériel, suffisamment austère pour que l’on reconnaisse la célèbre « kosmos touch » que n’aurait pas reniée l’Inspecteur Derrick, mais par le contenu en lui-même, particulièrement riche en promesses.

Votre regard sera inévitablement attiré par les 8 enveloppes scellées au fond de la boîte et leurs titres prometteurs : « Un nouveau territoire », « Le chemin de fer » ou encore « Prospérité ». Tout un programme !

Alors on le sait, à ce point du récit le monde se divise en deux catégories. Il y a ceux qui, touchés de plein fouet par la fièvre Gollumesque, veilleront à ce qu’aucun doigt impur n’entre en contact avec leur précieeeuux… et ceux qui passeront 10 min à tâter les enveloppes pour tenter de deviner ce qui se cache à l’intérieur. Quoiqu’il en soit, une envie soudaine et commune envahira tous les joueurs : « C’est quand qu’on commence ? ».

Outre les enveloppes, vous trouverez 4 plateaux joueurs recto verso (mode legacy + mode Eternité), des tuiles « bâtiment » (des polyominos de 3 couleurs et 8 formes différentes) et des cartes « construction ». Le matériel, on l’a dit, est plutôt sobre visuellement mais de bonne qualité. Il est avant tout lisible et plutôt sympa à manipuler.

Les petites maisons dans la prairie.

La mise en place de MyCity est très simple : chaque joueur reçoit un plateau de jeu ainsi qu’un lot de 24 tuiles (tous les lots sont identiques). En début de partie, chaque joueur commence avec 10 points sur sa piste de score.

Les cartes « construction » sont mélangées et placées en une pioche face cachée.

On retourne alors la 1ère carte. Chaque joueur prend la tuile indiquée sur la carte et la place immédiatement sur son plateau en respectant, bien entendu, les conditions de pose :

  • La 1ère tuile peut être posée n’importe où mais obligatoirement le long de la rivière.
  • Par la suite, chaque bâtiment doit être adjacent à une tuile déjà présente sur le plateau.

Rien de plus simple donc, au début du moins. Les projets architecturaux audacieux ne sont pas autorisés : les bâtiments style château de Chenonceau, monastère tibétain ou cabane dans les arbres n’ont pas leur place dans My City. Évitez donc d’enjamber la rivière, de construire sur la montagne ou sur la forêt.

Si vous ne pouvez ou ne voulez pas poser un bâtiment, passez votre tour. Votre tuile sera mise de côté, face cachée, mais il vous en coûtera 1 point de pénalité. En revanche, vous avez le droit de mettre « gratuitement » fin à votre participation. Vos bâtiments inutilisés seront retournés face cachée et vous attendrez bien sagement la fin de la partie.

Lorsque toutes les cartes ont été révélées ou que tous les joueurs ont mis fin à leur participation, la partie s’arrête et on procède au décompte des points.

Ces derniers sont obtenus notamment grâce à vos arbres encore visibles en fin de partie. Des points seront perdus, en revanche, pour chaque case prairie (case verte) et case rocher non recouverte… et il y en aura forcément, à moins que vous ayez un talent incroyable.

Ce petit entraînement terminé, vous pouvez désormais affronter la suite avec un peu plus d’assurance et de visibilité sur ce qu’il faut faire, privilégier et éviter.

Et la ville se développe en enveloppes.

Voilà, nous y sommes, vos compagnons de route et vous-même avez toutes les clés en main pour vous lancer à corps perdus dans l’aventure.

Comme je vous le disais, il y a 8 enveloppes dans la boîte qui correspondent chacune à un chapitre de l’histoire de votre cité.

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Chaque enveloppe se compose de 3 épisodes qu’il faudra suivre pour accéder au chapitre suivant (et votre foudroyance de calcul mental vous aura dès lors permis de déduire qu’il vous faudra 24 parties pour arriver au terme de la campagne).

À la fin de chaque épisode, les joueurs cochent (ou pas, d’ailleurs) des cercles sur leur échelle de progrès, signifiant leur évolution dans la campagne. Dans quel but me demanderez-vous ?

Tout simplement parce qu’en fonction de votre score final, et donc de vos progrès, vous allez modifier votre plateau joueur en y collant des autocollants. Ainsi, le joueur sur la 1ère place du podium n’aura pas les mêmes « récompenses » que le dernier.

Au fil des épisodes, vos plateaux vont donc évoluer, de nouvelles règles vont s’ajouter aux précédentes, complexifiant un peu plus vos parties mais les rendant, de fait, plus intéressantes.

Le développement de votre cité se fera donc en douceur, vous laissant le temps de peaufiner votre stratégie au fur et à mesure que de nouveaux éléments se présentent à vous.

Le mode Éternité

La fin de la campagne est toujours un peu tristounette, souvent accompagnée d’un sentiment d’euphorie nostalgique… L’enthousiasme retombe inévitablement alors que l’on réalise qu’il n’y a plus d’enveloppes à ouvrir et que votre ville ne pourra plus se développer.

Il sera alors grand temps de se tourner vers le mode Éternité, un mode de jeu rejouable indéfiniment, afin de prolonger l’expérience de jeu. Bien évidemment, les sensations ne seront pas les mêmes qu’en mode Legacy. Les règles du mode Éternité sont fixes : votre plateau n’évoluera pas, c’est fini l’atelier gommettes. Mais vous y gagnerez en rejouabilité, et j’avoue que ce petit plus, mine de rien, est très appréciable, surtout si vous avez aimé la mécanique du jeu et son thème.

Basé sur le même principe qu’en mode évolutif, les joueurs tenteront de placer judicieusement leurs bâtiments afin de marquer le plus de points de victoire. Réflexion, anticipation, optimisation seront nécessaires pour gagner la partie.

Sans entrer dans les détails (sinon je risque de vous spoiler), sachez juste que les règles de ce mode intègrent des éléments que vous découvrirez dans certains épisodes de la campagne… C’est pourquoi il est fortement recommandé de commencer par le mode legacy.

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Qu’en est il des Juniors ?

Du fait que les règles sont dévoilées au fur et à mesure, My City est un jeu dans lequel on retrouve la griffe de Reiner Knizia et donc une accessibilité assumée.

Toutefois, le jeu se révèle être très (très très !) calculatoire, et il faut être en mesure d’anticiper les tours suivants pour pallier la petite part de hasard du tirage des cartes « construction ». Vous n’aurez pas forcément la tuile dont vous avez besoin au moment où vous le voulez…

Et plus on avance, plus il y a de paramètres à prendre en compte. Rien d’insurmontable, rassurez vous, mais, de ce fait, il reviendra à chaque parent de juger si son junior se sentira à l’aise avec ce genre de mécanique et sera en mesure d’apprécier My City à sa juste valeur. L’âge indiqué (10 ans) est donc assez judicieux, et on prendra donc notre temps avec les enfants pour savourer la progression d’enveloppe et en évitant les frustrations inhérentes à une complexité, certes savamment distillée, mais néanmoins réelle.

L’avis de Plateau Junior

My City, dès sa sortie, m’a beaucoup intriguée. Le Legacy est un mode de jeu que j’apprécie pour son côté souvent immersif et, bien sûr, pour l’effet de surprise à l’ouverture d’une nouvelle enveloppe. Si le côté « one shot » peut faire hésiter, la promesse d’un mode rejouable à l’infini a mis rapidement fin à mes tergiversations : je devais l’essayer et vérifier par moi même si les promesses étaient tenues…

La 1ère partie a été un peu vite expédiée, je dois l’admettre, un peu comme lorsque l’on mange tout vite son plat pour enfin avoir du dessert… Puis les 1er autocollants et les nouvelles règles ont été révélés et ont pimenté les parties.

Finalement, même si chaque épisode reprend ce qui a été vu dans les précédents, on garde cette impression de renouveler le jeu à chaque partie, d’avancer et de progresser en même temps que lui. C’est vraiment très plaisant.

Quant au mode Éternité, il offre le gros avantage d’être rejouable et, par conséquent, de ne pas vous poser de questions sur le devenir de votre jeu. Les règles ne sont pas aussi simples et basiques que celles décrites au début de ce test puisque vous y aurez ajouté des éléments vus dans le mode Legacy. Ainsi, vous devrez tenir compte de plusieurs paramètres imposés par les règles (bâtiments, paysage…) et de la petite part de hasard lors de la pioche des cartes « construction ». On est dans un vrai jeu d’optimisation et d’anticipation que les amateurs de casse tête apprécieront.

On aime :

  • La double casquette : jeu évolutif + jeu rejouable
  • Les enveloppes à ouvrir
  • Mécanique simple mais loin d’être simpliste

On aime moins :

  • Le visuel plutôt sobre

Vos marmots risquent d’aimer ce jeu si :

  • Ils aiment les jeux évolutifs, c’est à dire, construire leur jeu progressivement, mais aussi s ‘adapter, à chaque partie, aux nouveaux éléments qui apparaissent.
  • Ils aiment se creuser les méninges

Où le trouver ?

Fiche du jeu :

  • Un jeu de Reiner Knizia
  • Illustré par Michael Menzel
  • Edité par Iello
  • Pour 2 à 4 architectes
  • De 10 ans et plus

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