A partir de 8 ansJeux de désOn teste !

Test – Mozzaroller

Ah, la pizza ! Ce plaisir immédiat qui ravit les papilles et épouvante les indices glycémiques ! Les jeux qui mettent en avant ce plat diabolique ne manquent pas, et pourtant j’y replonge à chaque fois tant le vice du fromage fondu et du pepperoni grillé est solidement ancré en moi. Car comme beaucoup de mes congénères qui vouent un culte au cholestérol, la pizza est une constante de mon alimentation. Parfois j’avoue je ne suis pas vraiment en mesure de m’arrêter et je dévore encore et encore, quitte à le regretter amèrement plus tard. Ceux qui m’auront croisé chez Cresci, à Cannes, savent de quoi je parle.

Tout cela pour vous dire que Mozzaroller fait partie de ces jeux où il faudra savoir s’arrêter à temps pour ne pas revenir bredouille d’un tour de jeu. Mais ici, point de concours de dégustation : nous allons passer de l’autre côté du comptoir et ce sera à nous de préparer les plus exquises des pizzas. Il faudra donc chouchouter nos clients favoris pour marquer un maximum de points. Et tout cela en un petit jeu de dés qui mixe prise de risques et collection sur fond de pâte fine et d’origan. Allumez le four et sortez la pâte : nous voilà partis pour une belle aventure.

Mozzaroller est un jeu de Jeffrey D. Allers (Caty Mini), illustré par Bartłomiej Kordowski (Kitchen Rush) et édité par Piatnik. Destiné de 1 à 4 joueurs, il se découvre dès 7 ans, voire un peu avant.

[Ce jeu nous a été gracieusement mis à dispo par l’éditeur. Ca ne change rien à notre avis, mais c’est stylé de le préciser, y parait.]

Ouvrons le carton !

Dans Mozzaroller, nous incarnons des pizzaiolos-livreurs qui vont devoir honorer de nombreuses commandes tout en essayant privilégier celles qui proviennent des mêmes clients.

En ouvrant la boîte, on découvre 8 dés identiques dont chaque face représente des ingrédients qui seront sur nos pizzas. On notera d’emblée qu’il s’agit d’ingrédients très axés veggie, c’est-à-dire champignons, tomates, maïs (gné ?), de la roquette , des olives et (quand même !) un peu de mozzarella. Moi qui me réjouissais d’avance de concocter des pizzas pepperoni chorizo jambon de pays pancetta, j’en suis un peu chafouin. Mais peu importe.

Les pizzas à créer sont représentées sous forme de cartes. Chaque carte représente une commande (et son commanditaire). L’ensemble est fort clair et lisible, mais les illustrations manquent un peu de fun pour un jeu qui se veut rapide et léger. Il aurait sans doute été possible de se lancer dans un environnement plus cartoonesque et plus délirant pour le plaisir de tous, quitte à créer des pizzas dignes des zinzins de l’espace ou des lapins crétins genre dynamite / boulons / dentifrice / grains de café / éponge / ananas (même si l’on conviendra que l’ananas ce serait trop horrible).

Le jeu propose également des tuiles clients qui serviront de bonus en fin de partie (effet collection) et des jetons malus qui, quant à eux, sont impitoyablement moches (sans doute une ruse pour inviter les joueurs à les éviter).

L’ensemble est de bonne qualité, mais on a l’impression en manipulant le matériel que le jeu passe un peu à côté de son sujet, louchant dans le sérieux d’illustrations « à l’allemande » sur un gameplay plutôt léger et rapide. Impressions mitigées, donc.

La pizzeria est ouverte !

Après une mise en place de quelques secondes, le jeu peut commencer. 10 cartes sont écartées du paquet et placées sous la carte pizzeria, et 8 premières cartes sont piochées du reste du deck pour former les premières commandes, disposées en cercle.

Les cartes de commandes représentent des pâtes à pizza que les joueurs doivent garnir avec de 1 à 3 ingrédients, correspondants aux faces des dés. Certaines pâtes à pizzas sont « nature », d’autres sont à l’ail et d’autres encore aux piments, ce qui aura son importance en fin de partie.

Le premier joueur lance alors l’ensemble des dés. Il peut à sa guise attribuer les résultats en plaçant les ingrédients correspondants sur une première pizza de son choix, n’importe où parmi les 8 présentes sur la table. Une fois cette commande terminée, il peut alors placer des ingrédients restants sur l’une des deux pizzas voisines à celle qu’il vient de terminer. Et s’il parvient également à la compléter, les dés restants peuvent être placés sur d’autres pizzas adjacentes.

Dès que le joueur ne peut plus placer d’ingrédients, il a le choix :

  • Stopper là son tour et ramasser toutes les commandes complétées
  • Relancer les dés pour compléter d’autres commandes.

Si le joueur relance les dés, il doit compléter les commandes déjà commencées, ou démarrer une nouvelle commande adjacente à une commande complétée. Le nombre de lancers de dés est illimité, mais attention : si au terme d’un lancer de dés un joueur ne peut pas déposer d’ingrédient sur une commande, son tour s’arrête aussitôt. Il perd alors toutes les commandes non complétées. Pire encore : il prendra autant de jetons malus que de pizzas inachevées (avec un maximum de 2), autant de dés qu’il lancera en moins sur son prochain tour. Ouch !

À la fin du tour de chaque joueur, les cartes des commandes achevées sont remplacées par des cartes de la pioche.

C’est ensuite au tour du joueur suivant.

Collections tous azimuts

Si nous étions jusque là dans la plus pure tradition de la prise de risques, Mozzaroller plonge soudain dans une autre direction qui va vous faire cogiter un moment sur les risques à prendre.

Pour marquer des points, il suffit de compléter des commandes. Mais on peut largement exploser son score si on porte une véritable attention aux destinataires des pizzas que l’on prépare.

Chaque commande, en effet, est illustrée par une couleur et un personnage associé. Le joueur qui est majoritaire dans une couleur gagne aussitôt le jeton de livraison de cette même couleur. Il devra le rendre, assurément, si un autre joueur égale son score ou devient majoritaire dans cette même couleur, ce qui arrivera souvent.

Les jetons permettent de marquer le même nombre de points qu’indiqué. Et ce nombre correspond également au nombre de cartes existantes dans cette couleur. Car il sera plus compliqué d’être majoritaire sur 10 cartes existantes que sur 5.

Mais la fourberie ultime, ce sont les commandes joker. Elles n’ont pas de destinataire attitré et demandent 3 garnitures identiques pour être complétées. Pas facile, mais le jeu en vaut la chandelle puisque vous pourrez ensuite placer chaque carte joker dans la collection de votre choix, ce qui vous permettra donc de renforcer votre collection dans telle ou telle couleur en fonction de vos besoins immédiats.

Mais la collectionnite n’est pas finie ! Comme on l’a dit : certaines pizzas sont garnies d’ail, et d’autres de piments. Eh bien le fait de cumuler les cartes de ce type vous permet d’obtenir un joli bonus : de 1 à 15 points selon que vous ayez jusqu’à 5 cartes dans chaque catégorie.

On tire le rideau

Une fois que la pioche est vide, cela veut dire qu’il est bientôt l’heure de fermer le resto. Du coup on complète le cercle des 8 cartes en piochant parmi les 10 cartes restantes sous le plateau, afin que chacun ait la possibilité de faire un dernier tour. Les cartes éventuellement restantes sont défaussées et les points sont décomptés.

Calculer le score est fort simple : 1 point pour chaque ingrédient présent sur vos commandes, les points des tuiles clients et les bonus pour l’ail et le piment.

Par exemple, sur cette magnifique photo, j’ai marqué :
33 points d’ingrédients
4 pizzas au piment (+10 points)
3 pizzas à l’ail (+6 points)
6 + 7 points de clients (13 points)

Soit un envoûtant total de 62 points.

Une calzone qui cache bien son jeu

Le plus agaçant avec Mozzaroller, c’est qu’il délivre des sensations de jeu bien plus agréables que ses visuels austères ne le laissent supposer. Sortez-vous de la tête des modèles très classiques de stop ou encore, car ici la notion de collection l’emporte vraiment sur la prise de risque. Honnêtement, il ne sera pas rare que vous parveniez à plier votre tour avec un seul lancer de dé, en utilisant 6 ou 7 de vos dés sur des pizzas voisines. Donc à quoi bon relancer ? L’envie de relance, oui, elle reviendra parfois, mais toujours dans l’optique de faire avancer une collection qui vous tient à cœur : soit un client pour sécuriser le jeton (ou empêcher un adversaire de le gagner), soit des pizzas à l’ail ou au piment, qui scorent finalement pas mal en fin de partie. Mais le risque de foirer un lancer est énorme, car perdre 3 ou 4 commandes d’un coup peut vraiment faire la différence vis-à-vis de vos adversaires. Sans compter qu’en plus, les jetons sanction vous handicapent d’un ou deux dés à votre prochain tour, comme une double peine bien cruelle. Donc la notion de stop ou encore est assez vite vue, sauf pour les pizzaïolos très très chanceux aux dés, ce qui est assez rare avouons-le.

La vraie intelligence de ce jeu c’est donc de jouer sur les collections, en allant chercher les bonus clients ou les bonus condiments (ail ou piment). Les bonus clients sont de loin les plus amusants, car les jetons clients changent souvent de main en cours de partie, surtout quand un joker (3 ingrédients identiques sur une pizza spéciale) permet d’attribuer la carte pizza à n’importe quel client et renforcer ainsi sa présence sur cette couleur. Les jetons clients qui témoignent de votre majorité indiquent clairement combien de cartes de cette couleur existent dans la pioche, vous saurez donc à tout moment si d’autres joueurs sont encore en mesure de vous subtiliser votre bien au vu des cartes déjà jouées.

L’aspect collection est vraiment le gros plaisir de Mozzaroller, puisque la liberté qui vous est offerte en début de tour de choisir l’emplacement de votre première commande permet également de déterminer quelles pizzas voisines risquent d’être les plus intéressantes au vu de votre collection en cours de développement. Et rien que pour cela, Mozzaroller est véritablement plaisant.

Un mode solo sympatoche

Notez enfin qu’il sera possible de vous entraîner en solo, en affrontant un automa à la mécanique assez sympathique qui récolte toutes les commandes que vous avez laissées sur la table en fin de manche. Un affrontement sur 8 tours qui vous permet de peaufiner vos stratégies et d’affiner votre sens de la collection. Chouette.

L’avis de Plateau Junior

Au final Mozzaroller souffle un peu le chaud et le froid, ce qui rend un avis final vraiment inconfortable. La mécanique du jeu est très plaisante, clairement plus axée collection que « stop ou encore », et permet des assauts tactiques bienvenus pour se chiper les bonus de majorité entre joueurs, ce qui est vraiment bien vu. Les tentatives de relances seront à limiter au maximum pour éviter de se retrouver avec un tour « à blanc », souvent très punitif lors du décompte final. Mais l’aspect graphique du jeu donne hélas assez peu envie pour un jeu qui aurait pu être bien plus détonnant sur un plan visuel. On aurait aimé des couleurs vives et des pizzas délirantes, plutôt que de mâchouiller des spéciales champignons-maïs qui manquent quand même un peu de gras. Et même si le jeu est techniquement accessible dès 6 ou 7 ans pour des parties de découverte, la stratégie inhérente aux collections rendra le jeu bien plus agréable pour des 7 – 8 ans. Nous sommes donc séduits par une mécanique vraiment agréable qui permet des interactions sournoises entre joueurs, mais tiédis par les illustrations fadasses et certains aspects du thème qui auraient pu gagner en huile pimentée. On notera aussi que le jeu se trouve pour une quinzaine d’euros, ce qui en fait un jeu très accessible. À voir si vous privilégiez plutôt le fond ou la forme !

On aime

  • Un jeu de stop ou encore / collection franchement malin
  • Pas mal de stratégies différentes pour optimiser ses lancers
  • Le risque des relances
  • La collection croisée clients / type de pâte
  • Un jeu rapide et fun
  • Pas cher
  • Jouable dès 6 – 7 ans pour des parties découverte

On aime moins

  • Un parti pris graphique qui fonctionne mal avec les enfants
  • La règle pas toujours très claire
  • Plus « collection » que « stop ou encore »

Le trouver

Pour aller plus loin

 

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